jeudi 14 juillet 2016

Portrait de Jeanne Hucleux

En ce moment je prépare les cartons pour déménager. J'essaie de faire un tri drastique, malgré le fait que j'ai relativement peu d'affaires, pour éviter de déplacer et de s'encombrer inutilement.
Le tri de mes papiers est une tâche qui paraît assez insurmontable alors j'essaie d'y aller avec courage et détermination sans m'éparpiller.

Donc qu'est-ce que je fais là à pianoter sur mon ordinateur ?

Parmi les cahiers, documents administratifs et vieilles notes de cours, il y avait un souvenir précieusement protégé dans une pochette plastique. Et j'ai voulu vous en parler. Parce que c'est un souvenir qui me rappelle à la fois mon amour des musées, mes premières émotions artistiques et le soutien de mes parents.
En 2000, je me suis trouvée une vraie passion pour le musée d'art contemporain de Lyon (MAC) , les  expositions étaient très ludiques et mes parents m'y ont emmenée plusieurs fois. à partir de cette époque. 

project image 
 Cité Internationale dans laquelle se trouve le MAC
Photo de Michel Denancé pour Renzo Piano Building Worshop

Notez que ce musée avait tout pour me plaire : au delà de son accessibilité pour le jeune public (je me souviens d'une œuvre où le public était invité à jouer sur une console devant un miroir et, lorsqu'il reprenait sa déambulation, comprenait que le miroir était une glace sans tain et qu'il avait pu être observé.), il est situé dans la cité internationale, dont l'architecture est signée Renzo Piano, l'auteur du Centre Pompidou. Pour terminer, il est en bordure du grand Parc de la tête d'or. 
Bref tu peux te remplir les yeux de belles choses partout, ya de grands espaces, un espace pique-nique inimaginable... C'est un peu une sortie parfaite.
Revenons à nos moutons, nous sommes entre 1999 et 2000 et je vais voir une exposition au MAC avec mon papa. 
J'entre dans une salle et je suis un peu perplexe. Il y a là de grands portraits photos de différentes personnes. Et je ne comprends pas trop le lien entre les œuvres que j'ai vues jusqu'à présent et ces grands photos. Mon père me propose de me rapprocher des portraits pour en voir le détail et me glisse "Tu vois les petits traits? Ce ne sont pas des photos, ce sont des peintures. C'est de l'hyperréalisme."
Je n'y crois pas, je regarde attentivement, je finis par comprendre que de minuscules filaments de peinture constituent ces portraits au réalisme troublant. Je suis littéralement sidérée. 
Un des tableaux attire davantage mon attention, il s'agit d'un portrait de femme. Elle ressemble un peu à ma maman. Elle porte une robe rouge et orangée que l'artiste a patiemment coloré avec ces petits traits de couleur. J'adore particulièrement l'expression de son visage, quelque chose de prodigieusement doux, aimant et intelligent. 
Mon père m'a expliqué que c'était la femme de l'artiste Jeanne Hucleux.

 
Il y a eu une chose magique qui s'est produite par la suite. Mon papa parlait avec un vieux monsieur et me l'a présenté en me disant que c'était lui l'auteur des tableaux, Jean-Oliver Hucleux. Je ne sais pas pourquoi il était là ce jour-ci, il n'y avait pas une foule de gens dans la salle d'exposition, il ne paradait pas en glorifiant son talent. Mais il avait parlé avec mon papa et semblait très gentil. 
L'image d'un artiste comme je les aime : simple et présentant son travail plutôt qu'imposant sa personnalité.
Je vous avoue qu'aujourd'hui le portrait de Jeanne Hucleux me bouleverse beaucoup. Aux larmes. Sans doute parce que je viens d'apprendre que le peintre est mort en 2012. Que ce gentil et vieux monsieur ne rencontrera plus de gamine émerveillée par son travail. Mais aussi parce que je ne peux m'empêcher de projeter l'amour qu'il faut pour peindre, fil par fil, en couleur, une personne. Mais surtout parce que la posture et le visage sur la toile me renvoient tellement à mon propre regard sur les gens que j'aime le plus.
Pour finir, après l'exposition, mon père m'avait fait un petit collage très soigné de trois œuvres de Hucleux sur un beau papier, protégé par sa pochette plastique. Malgré ma capacité à tout perdre pendant toute mon enfance et mon adolescence, ce collage est resté.
Aujourd'hui je l'ai trouvé dans un classeur. Et il va continuer à me suivre.


D'ici là je vais aussi chercher à visionner le film qui lui a été consacré en 2013. Je vous en parlerais surement.

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